"Au dos des nuits" : faire luire la poésie dedans comme dehors

Première partie

En complément des Rencontres de la webcréation #10, nous vous proposons de découvrir des projets artistiques hybrides dans différents articles. Ceux-ci font suite à l'appel à participation aux Rencontres et ouvrent le champ à d'autres disciplines (poésie, illustration, audio, etc.)

Avec son projet d’affichage poétique aux fenêtres, Maxime Coton a distillé de la chaleur dans les foyers, s’est créé une communauté et continue à décloisonner ce genre littéraire et à le rendre multi-supports.

Homme-orchestre derrière Bruits asbl (e.a. maison d’édition, plateforme de production audiovisuelle, association d’artistes), Maxime Coton est poète mais on le définirait volontiers comme explorateur de la littérature sous toutes ses formes ou comme agent-liant entre les disciplines  - on pense notamment à la double entrée du Geste ordinaire, à la fois recueil publié par Esperluète avec des gravures de Laurence Léonard et documentaire d’auteur produit par le CVB.  Son projet Living Pages /Pages vivantes, poème en réalité virtuelle désormais édité par l’Arbre de Diane, avait été présenté lors d’un précédent colloque du PILEn

Avec la première partie d’Au dos des nuits /De achterkant van de nacht (financé avec le soutien de la commune d’Anderlecht et de GC De Rink, le centre culturel flamand) il a de nouveau mis le lecteur ou la lectrice au centre du dispositif mais a rendu cette fois son œuvre parfaitement tangible plutôt que dématérialisée – son envie avouée étant, en ces temps distanciés et incertains, de remettre quelques étincelles dans l’espace urbain et les foyers ou de susciter la discussion. On retrouve là un même élan de partage et d’accessibilité de la poésie à tous publics – déjà ou non nourris par le genre –  que dans les nichoirs ou autres panneaux découpés Courage développés par Passa Porta et gravés de textes d’auteur.e.s belges et internationaux cet automne et cet hiver ou, il y a quelques saisons dans le projet Peausie – Poèmes de pluie de Mélanie Godin, au pochoir magique.

Cette fois, sur simple inscription de votre adresse sur le site internet de Bruits Asbl, il vous était donc possible de recevoir à domicile une affiche (avec six designs originaux créés et mis en page par Pauline Rivière et sérigraphiés aux Ateliers du toner) avec au recto un vers phosphorescent de Maxime Coton (“Ne m’en voulez pas si je vous brûle”, “On s’est tenu chaud”, “La transparence m’est apparue comme un feu”, “Nu verstoppen we ons achter de woorden”, “Niemand weet naar wie je kijkt”, “We kunnen herkennen zonder te kennen. Het eertijds omkeren”)  et au verso le poème complet. L’initiative se déclinait en effet en français ou en néerlandais, grâce à une traduction de Katelijne De Vuyst. Pour propager ces flammèches poétiques, il était demandé aux destinataires de coller leur poster à la fenêtre, avec le dessin côté face, et de poster une photo (depuis la rue) sur les réseaux avec #audosdesnuits ou #deachterkantvandenacht. 

Le projet, né sous cette déclinaison pour s’adapter aux conditions actuelles, a de loin dépassé en ampleur le résultat envisagé par son créateur que ça soit par sa réception par la presse (de BX1 à La Libre Belgique, en passant par les radios de la RTBF) comme par le public. Plus de 500 affiches ont rapidement trouvé preneur (une réimpression a dû être envisagée), non seulement parmi les adeptes habituels de poésie mais bien au-delà, depuis les vitrines de commerces ou de centres ou associations culturelles aux particuliers, suscitant parfois des discussions vives ou éclairées entre voisins. “La réception de la campagne de poèmes-affiches a modifié pas mal de choses dans la façon dont j’envisage la suite du projet” nous dit Maxime Coton “Les photos sur les réseaux sociaux, cet aller-retour entre eux et moi, c’est la partie visible de l’iceberg. Les gens ont aussi échangé sur les textes, sur le fait d’apposer ça ou non sur sa fenêtre, etc. C’est la plus belle récompense pour moi en tant que poète : que ce qu’on écrit ait une réelle influence sur le monde, et pas seulement sur les gens qui sont prédisposés à trouver ça intéressant.”

On nous souffle dans l’oreille qu’il reste des surprises à vous dévoiler sur l’établi de Maxime Coton et sa façon d’envisager sa toute nouvelle communauté créée autour d’Au dos des nuits. Nous vous ferons découvrir en temps voulu les coulisses et modalités du déploiement pluriel de la suite du projet – cela fera l’objet d’une seconde partie d’article.   

Curieux des prochaines portes d’entrées tangibles ou numériques de cette expérience poétique ? 

Rendez-vous sur https://www.bruitsasbl.be/ pour inscrire vos coordonnées et être prévenu.e par mail !

Crédit photo © Maxime Coton